jeudi 26 juin 2008

Luxe : vue sur les toits, la ruelle et les poteaux d’Hydro-Québec


L’achat sur plan d’un appartement, même luxueux, est une opération très risquée. Avant la construction, il est techniquement impossible de représenter l’environnement réel du futur nid. Or, dans le cas du projet d’Atlantic-Rockland, la déconvenue des futurs acheteurs pourrait être amère lorsqu’ils jetteront un premier coup d’œil à partir de la fenêtre de leur appartement, si le complexe du 831 de l’avenue Rockland est construit.

Cachet à hauteur d’urbaniste
Ce que le promoteur vend, c’est le cachet d’Outremont à hauteur de regard de l’urbaniste. Expliquons. L’urbaniste qui se promène dans les rues d’une ville regarde en l’air pour voir si rien de disgracieux n’apparaît au-dessus de la bordure des toits. C’est ainsi que l’urbaniste a autorisé Atlantic-Rockland à construire deux étages supplémentaires en retrait sur le toit du vieil édifice du 831 Rockland; à hauteur d’homme, ces ajouts ne se voient pas de la rue. Ce souci de l’urbaniste n’est pas sans fondement, car vus d’en haut, les toits plats des triplex et des duplex d’Outremont offrent un spectacle affligeant.

Dans l’imaginaire de l’acheteur, c’est le cachet de brique rouge, de pierre et de verdure d’Outremont qu’il se paierait en signant une offre d’achat pour un appartement ou pour un loft. En réalité, comme cet appartement serait situé à une hauteur dérogatoire, ce que l’acquéreur achèterait, c’est une vue imprenable sur des toits particulièrement laids, hérissés de puits de lumière pyramidaux, voire de trépieds supportant des fils électriques. Il jouirait aussi d'une vue privilégiée sur l’arrière des triplex de la rue Davaar et sur une ruelle, bordée non pas d’érables de Norvège quasi centenaires, mais de poteaux d’éclairage électrique teints et parfumés à la créosote.

Outremont « by night »
Les appartements seront à hauteur suffisante pour apprécier la laideur des toits. Pour offrir un véritable luxe et une vue imprenable, il faudrait un emplacement situé dans un boisé afin que la vue désagréable des toits soit atténuée par la distance.

Si le complexe est érigé, et si de braves candidats se portent acquéreur d’un de ces logis haut perchés, ils risquent de vivre une superbe déconvenue le jour où ils verront le spectacle déprimant des toits des triplex d’Outremont. Leur déception sera à la mesure du prix exorbitant qu’ils auront payé. Il ne restera plus qu’à patienter un moment, puis à remettre leur appartement en vente.

Suggestion : il serait souhaitable d’organiser des visites de nuit pour les candidats acquéreurs; les toits ne seront pas visibles.

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